Guy BeaujardlivresQuand j'entends les talons qui claquent,
j'entends les cerveaux qui se ferment
Louis Lyautey.

 Le 12 octobre 2010 à 15h30

Sur la tombe du Colonel Si Mohand Ou El Hadj (Chef de la Wilaya III pendant la Guerre D’indépendance de l’Algérie à partir de 1959), en présence de ses deux fils (Akli Mohand Saïd et Ahmed). Guy BEAUJARD déposa un bouquet de roses blanche et de roses orange sur sa tombe.

1959 – La guerre d’Algérie.

Mon devoir était d’aller la faire.
Mon devoir était d’aller « casser du Fell ».
Dans ma tête de grand adolescent, ça a fait, Clic-Clac.
Clic-Clac comme le bruit de la culasse d’un fusil.
Oui, ça a fait clic-clac et j’ai refusé de signer mon engagement militaire pour 5 ans
à la sortie de mon École d’enfants de troupe.
J’ai décidé de partir faire ma guerre à moi
Avec comme seules armes dans mes bagages :
Ma tenue civile, l’écriture, la lecture et pour m’en servir « ma bonne volonté ».
Je fus nommé « instituteur » en Kabylie, chez vous.
Je suis resté trois années avec vous.
J’ai découvert l’enfance que je n’avais pas eue, avec vos enfants.
J’ai découvert l’adolescence que je n’avais pas vécue, avec vos adolescents.
J’ai fait mes premiers pas d’homme avec les parents des élèves
dans vos villages, vos vallées, dans vos montagnes de la création du monde.

Je me suis alors enraciné dans votre terroir en comprenant que j’avais beaucoup à apprendre de votre culture millénaire ; culture confrontée à la mienne fit de moi, j’en suis certain un humaniste.

J’ai donc conquis mon indépendance individuelle à votre contact pendant que vous alliez

À la conquête collective de la vôtre.

Dans la fournaise de cette « sale guerre », l’action psychologique de l’armée française fut inhumaine.

C’est dans cette fournaise que j’ai rencontré le colonel Si Mohand Ou El Hadj (Akli Mokrane) ; figures emblématiques et charismatiques avec le Colonel Amirouche de la révolution algérienne qui étaient dans le cœur de toute la population.

J’ai rencontré AMGHAR à Moknéa. Village orgueilleux et dominant, sur son promontoire, bastide agonisante, toujours en éveil, encore plus grande et majestueuse dans son isolement. Moknéa dans sa douleur continuait d’imposer puissance et fierté pour l’éternité.

C’est en ce lieu magique que le Colonel m’a demandé si les enfants étaient disciplinés et travaillaient bien à l’école. Il m’a affermé que son souci premier, après l’indépendance serait de construire une école dans chaque village, ce que la France n’avait pas voulu réaliser pendant 130 ans.

Il savait que l’une des fondations de la future Algérie Indépendante était l’instruction de toute la population, car suite aux accords d’EVIAN il adressa un courrier à de nombreux instituteurs au nom de la Wilaya III, nous assurant que nous serions accueillis avec la plus grande cordialité par la population qui n’aspire qu’à s’instruire. Il nous invitait fraternellement à revenir enseigner en Algérie.

À titre personnel, il a démontré son immense respect aux enseignants, en me protégeant contre des éléments incontrôlés qui auraient pu m’éliminer physiquement comme représentant du colonisateur. Il a demandé à quelques-uns de ses soldats de m’accompagner jusqu’à Alger fin juillet 1962 et me mettre sur un bateau en partance pour la France.

Le Colonel Si Mohand Ou El Hadj a sans aucun doute soustrait ma personne à une fin tragique.

2010 – Ce 12 octobre, 50 ans après je viens m’incliner sur sa tombe

Mon Colonel, devant vous et dans le silence de l’éternité je viens vous remercier comme je le fais toujours dans mes instants de solitude.

Monsieur Si Mohand Ou El Hadj, mon Colonel, ce jour, je viens vous confier ce qui me réjouit en pensant à vous est de constater que la France a pour devise « Liberté, égalité, fraternité » que ses gouvernants n’appliquent pas toujours, mais que ce sont des instituteurs et des professeurs qui ont appris ces mots pleins d’humanité aux enfants des colonies.

Les colonisés de l’Algérie en ont tellement bien compris le sens qu’ils l’ont appliqué à eux-mêmes pour conquérir leur indépendance et devenir des hommes libres.

Et vous dire, de vous à moi mon Colonel que votre combat fut juste.

Merci toujours.

 


Signé Guy BEAUJARD

43 avenue Boulloche

39100 DOLE. France.

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